Château de la Tour-de-Peilz

2016 - Tour-de-Peilz (CH)

Competition 3rd Prize

DES ESPACES AUTRES

« On pourrait dire, pour retracer très grossièrement cette histoire de l'espace, qu'il était au Moyen Age un ensemble hiérarchisé de lieux : lieux sacrés et lieux profanes, lieux protégés et lieux au contraire ouverts et sans défense, lieux urbains et lieux campagnards (voilà pour la vie réelle des hommes); pour la théorie cosmologique, il y avait les lieux supra-célestes opposés au lieu céleste; et le lieu céleste à son tour s'opposait au lieu terrestre; il y avait les lieux où les choses se trouvaient placées parce qu'elles avaient été déplacées violemment et puis les lieux, au contraire, où les choses trouvaient leur emplacement et leur repos naturels. C'était toute cette hiérarchie, cette opposition, cet entrecroisement de lieux qui constituait ce qu'on pourrait appeler très grossièrement l'espace médiéval : espace de localisation.

Or, parmi tous ces lieux qui se distinguent les uns des autres, il y en a qui sont absolument différents : des lieux qui s'opposent à tous les autres, qui sont destinés en quelque sorte à les effacer, à les neutraliser ou à les purifier. Ce sont en quelque sorte des contre-espaces. Ces contre-espaces, ces utopies localisées, les enfants les connaissent parfaitement. Bien sûr, c'est le fond du jardin, bien sûr, c'est le grenier, ou mieux encore la tente d'Indiens dressée au milieu du grenier, ou encore, c'est - le jeudi après-midi - le grand lit des parents »

-Michel Foucault  -

On a initié la réflexion de notre projet pour le Musée du Jeu de la Tour-de-Peilz avec cette phrase de Foucault, parce que avons la conviction que le jeu représente le vrai espace que Foucault appelle hétérotopie. En fait, si nous incluons dans le jeu tous les comportements ritualisés et théâtralisés, le jeu est également important comme le travail et l’action : Il est l’élément créatif de la condition humaine. L’Homo faber et l’Homo politicus que décrivait Hanna Arendt se rencontrent avec L’Homo Ludens de Huizinga.

Les espaces consacrés au jeu sont à notre avis des espaces autres, des hétérotopies. L’acte de jouer, est non seulement créateur d’espace mais requiert un propre espace et temps. Quand nous jouons nous sommes comme dans une sorte de cercle magique qui définit l’espace du jeu, comme dans un temenos (l’espace sacré pour les grecs), un espace étrange au monde extérieur. Un espace autre avec ses propres règles qui établit une coupure nette entre ce qui est intérieur et ce qui est extérieur. Rentrer dans ce cercle demande une initiation aux règles du jeu. Jouer représente donc finalement l’acte d’établir une communauté.

L’espace du jeu donc est un espace limite. L’espace de jeu doit être un espace sacré, excentrique, irrationnel sans but précis.

Rentrer dans le Musée suisse du Jeu à notre avis doit être comme rentrer dans un espace autre. Et si nous analysons bien le site du château nous nous apercevons que la configuration de l’espace est déjà ainsi. En passant d’un espace à un autre, en traversant le le parc, le fossé, les lices, la cours et par les salles du château différentes les unes des autres, nous avons le sentiment de parcourir ces hétérotopies. Nous nous apercevons alors que ces espaces possèdent tous une limite et  un caractère très définis et différents les uns des autres.

Notre projet a comme objectif de mettre en évidence ces différences,  de les rendre explicites en créant des hétérotopies à chaque fois. Les différences de matériaux utilisés au niveau du sol sont la mise en scène de cette vision.

Chaque espace extérieure du site devient défini et consacrée au jeu. En passant d’une espace à la autre on ressent de rentrer dans un hétérotopie. Les étages ou les chambres du château parfois sont différents les uns par rapport à les autres, c’est qui est déjà parfois le cas dans les structures existantes.  L’espace du jeu devient aussi narrative, capable de raconter l’histoire des bâtiments.

 

partners: F. Calabrese, S. Devita